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La plaine désertique s'étend. Il porte sur son dos le lourd fardeau de la conscience, le poids des corps qu'il a laissés derrière lui. Autour de lui les champs de mort à perte de vue. L'agonie déploie ses ailes noires sur la terre aride. Un râle sourd s'élève du sol, une longue plainte sortant de toutes les victimes de ce carnage. Il avance, les yeux mi-clos, tentant d'ignorer le massacre auquel il a pris part. Une odeur de charogne, de putréfaction, le prend à la gorge, et il ne peut réprimer un haut le coeur. La bile remonte le long de son oesophage et remplit peu à peu sa bouche. Il rend tripes et boyaux, et le tout forme une flaque à ses pieds. Sa meurtrissure le fait terriblement souffrir, mais malgré elle, il marche. Il sent le sang couler de la plaie béante et courir en un mince filet le long de sa jambe. Il abandonne son épée maculée d'une épaisse croute brunâtre derrière lui, comme il se débarasserait de son âme salie. Les cadavres jonchent son chemin, recouverts de mouches appatées par l'odeur de décomposition. Sa blessure suinte. Des gémissements pitoyables, des suppliques se répendent au gré des vents. Il erre sans but, ressassant sans cesse les mêmes mots; bribes de phrases larmoyantes.